L'odyssée d'une ouverture
Il était une fois, non loin de la rue Broca, un magasin de jouets en bois avec une grande façade verte pomme du nom de la Maison Soulignac, où François vendait depuis 40 ans des jouets aux enfants d'enfants à qui il avait vendu des jouets. Dans sa boutique résonnait une petite magie où le temps semblait suspendu. François lui resplendissait d'une jeunesse éternelle et rêvait de parcourir le monde en combi Volkswagen décapotable mais depuis tant d'années il avait noué un lien étroit avec les habitants du quartier et refusait de partir au profit de supermarchés anonymes.
Un jour passe une maman à la recherche de jouets pour ses moufflets en bas âges (comme c'est original) et comme toutes les mamans dans la vie active, elle fonce à droite à gauche à longueur de temps. Se noue alors une sympathie commune entre les deux acteurs. Notre maman, vous l'avez compris c'est Xin. Elle décélère progressivement de rencontre en rencontre et se laisse habiter par la magie des lieux. Xin passionnée de thé et d'architecture vient régulièrement discuter avec François qui lui propose de céder sa place. Nous sommes en 2019 et Xin décide de fonder un salon de thé au 8 rue Berthollet où les enfants ne soient pas oubliés.
Facile à dire n'est ce pas? Pas tant que ça puisqu'il a fallu se former en Chine auprès des grandes maison de thés, obtenir son diplôme de pâtisserie à Ferrandi, de barista, d'accréditations à l'hygiène et j'en passe. Pleine de ressources, elle conçoit son intérieur, dessine sa cuisine, suit son chantier et réalise ses meubles en bois baubuche. Elle chine ses meubles dans les brocantes (y en a une super à deux pas que l'on peut vous indiquer), des objets comme sacs de marques Japonais et s'équipe de banquettes confortables 366 concept, de vaisselle Sérax avec envie que dans le salon tout ce que nous utilisons soit vendable sans que l'on soit pressurisé dans l'acte d'acheter d'un magasin.
Une porte ouverte pendant un chantier et viennent les premières rencontres avec les riverains. Les voisins bien sûr mais aussi Laurent, graveur émérite toujours prêt à bricoler avec nous et qui arbore nos murs de ses œuvres puissantes en noir et blanc, le copains de passage que nous prions joyeusement de continuer nos conversations un marteau à la main. Nos voisines qui nous partageaient leurs bonnes petites recettes de grand mère comme à le gâteau à l'orange et à la poudre d'amande (que nous remettons régulièrement à la carte. encore merci!). Vient alors la rencontre avec Ivan Alfaro. Il passait par là. On tchatche.... et la connexion passe. Son savoir faire et son grain nous permettent au fur et à mesure de nous améliorer et de hisser le café de spécialité que l'on pouvait servir avec un niveau régulier entre les torréfactions sur les différents terroirs. Tout est enfin prêt. Nous ouvrons en Mars 2020. Quel timing de malade! On en rie maintenant mais quand même. Quelle dinguerie non?
Patatrac, les cafés ne pouvaient plus ouvrir. Qu'à cela ne tienne nous ouvrirons en restauration rapide. Là encore, on peut remercier nos voisins et voisines avec Claudia qui nous présente le jovial cuisinier Nicolas, Italien maîtrisant les subtilités de la cuisine de Parme. Armés de nos masques, nous tentons de vendre quelques soupes à emporter et lasagnes aux passants qui peu à peu reviennent plus nombreux, un peu pour les soupes, un peu pour communiquer. C'est à ce moment que le café a pris sens. Pas parceque nous servions alors le meilleur des cafés mais parceque un café s'est avant tout un lieu de relation sociale dont justement nous étions tous privés. Heureusement, bas les masques! Nous avons découverts les sourires de notre clientèle, recollant les parties du visage pour deviner qui est qui. C'est enfin parti? Bah non. Nicolas le chef Napolitain a sa femme qui se casse le bras et dois s'occuper de son bébé.
Heureusement, on peut encore compter sur les amis et le chef Laurent Pop amène non seulement sa cuisine française sous forme de plats du jour, mais apporte du professionnalisme dans le service et forme Xin à certaines techniques de cuisine. En sens inverse, Laurent tombe amoureux du café de spécialité et de l'univers du coffee shop. Un plaisir qui le pousse à ouvrir bientôt à son tour son coffee shop. On est trop content. Yihaa.
La mission de Laurent touchant à sa fin car d'autres aventures passionnantes l'attendaient, Xin s'affaire à présenter des 3 plats du jour tous les jours, de tous pays mais souvent avec une touche fusion asiatique. Ses assiettes pleines de poésie attirent des habitués qui la désignent comme cantine de tous les jours. Les aides en cuisine se succèdent dont la merveilleuse Yuko et ses plats japonais. Tomoki Matu commence à faire quelques brunch les week-end ensoleillés. Petit à petit, notre savoir progresse dans le café, le dessin du latté art, les pâtisseries, essayant de faire des choses simples avec brillo.
Aujourd'hui c'est au tour de Tomoki Matu de proposer ses petits plats fusion du jour sous forme de Sando évoluant quotidiennement avec les ingrédients de saisons et reprendre notre tradition de la soupe des voisins.